Malgré l’inconditionnelle présence de Captain Falcon à chaque nouvel épisode de Smash Bros, Nintendo ne s’est toujours pas décidé à faire revenir F-Zero sur ses récentes consoles de jeux. En comptant la Switch, cela fait maintenant trois générations de machines conçues par la firme de Kyoto qui se voient privées des course futuriste mettant en scène Dr. Stewart et toute la clique. Depuis les sorties du volet sous-titré GX sur GameCube en 2003 et le soft plus confidentiel intitulé Climax sur GBA en 2004, les fans ne peuvent que ronger leur frein tout en se questionnant sur les raisons d’une telle absence.

 Le futur qui tourne en rond

 Lorsque Shigeru Miyamoto déclarait en juin 2013 qu’il ne savait pas dans quelle direction pourrait aller un éventuel nouveau F-Zero, nous avions le sentiment que la série n’était pas prête de revenir malgré les demandes appuyées des fans. Officiellement, la raison avancée était celle de la panne sèche, un manque de "bonne idée" dans ce qui pourrait faire de F-Zero "un nouveau grand jeu" capable d’apporter "du neuf". C’est alors le "8" de Mario Kart qui, à l’époque de l’entretien, jouit de toutes les attentions d’un Nintendo souhaitant attribuer un champignon d’or à sa protégée du moment : la Wii U.

Ce blocage créatif peut s’expliquer par le fait que la firme de Kyoto est connue pour penser ses projets en fonction des spécificités de son hardware (le double écran de la DS, les wiimotes de la Wii, la tablette de la Wii U, entre autres). Cela n’a pourtant pas empêché la société de produire des titres n’utilisant pas l’écran additionnel de la Wii U, à l’instar d’un Mario Kart 8 qui ne pouvait même pas être joué à cinq en local, contrairement à Sonic & All Stars Racing Transformed sur le même support. Nintendo est, lui aussi, tout à fait disposé à concevoir des expériences dont le gameplay évolue moins que les graphismes. Pourquoi dans ce cas ne pas donner leur chance à Falcon et ses compères au milieu de courses tout simplement plus belles qu’auparavant ? Après tout, les jeux de course futuriste se sont pendant longtemps contentés d’une technique toujours plus performante capable de mettre en scène des affrontements à très grande vitesse, pour le plus grand bonheur des amateurs du genre.

Zéro gravité, zéro pression

Nintendo se fiche de la pression, qu’elle vienne des réseaux sociaux ou d’autres développeurs. Le créateur de la série Yakuza, Toshihiro Nagoshi, a récemment déclaré qu’il n’avait jamais réussi à faire changer d’avis la firme, pas même une seule fois, quand il était en discussion avec elle. Lui et son équipe ont travaillé sur F-Zero GX, l’épisode GameCube développé par SEGA dont Nintendo aurait apprécié l’excellente réalisation. Même si le géant japonais aime déjouer les attentes (Waluigi absent des personnages jouables de Smash Bros. Ultimate), il sait aussi faire des pas en avant lorsque les demandes sont insistantes.

F-Zero n’est pas la seule licence laissée sur la touche depuis la génération GameCube, puisque nous comptons Wave Race ou encore 1080° Snowboarding. Des jeux dits "de niche", c’est-à-dire dédiés à des groupes restreints de joueurs passionnés qui ne forment pas un marché suffisamment intéressant financièrement pour la plupart des éditeurs. Oui, Metroid Prime revient, mais le fait qu’il s’agisse d’un FPS le rend plus à-même de toucher un grand nombre de joueurs. N’oublions pas que la rentabilité est la condition première d’une société souhaitant prospérer.

Les courses futuristes, c’est du passé ?

Les jeux de course ne font plus les succès d’antan, qu’ils possèdent des tracés futuristes ou non. Les séries comme Extreme-G ou WipEout ont arrêté de fournir des épisodes inédits, alors que Microsoft n'a jamais daigné donner une suite à son Quantum Redshift de 2002. Suite à une restructuration, Sony a fermé Studio Liverpool (anciennement Psygnosis), à qui l’on doit la série des Wipeout. Autrefois véritables vitrines technologiques pour des consoles qui misaient tout sur leurs "bits", les jeux de course futuriste ont étrangement mal négocié le virage de la HD (Xbox 360, PlayStation 3), à l’image d’un Fatal Inertia de Koei planant au ralenti.

Ce désamour progressif du grand public se retrouve aujourd’hui dans les différents chiffres de ventes. Selon SteamSpy, sur PC, Formula Fusion se serait vendu à moins de 20 000 exemplaires. Distance aurait trouvé entre 100 000 et 200 000 acquéreurs, alors que Redout n’aurait pas dépassé les 500 000 téléchargements, toujours sur PC. Du côté de Fast RMX, 6 mois après son lancement, le titre se serait vendu aux alentours de 100 000 exemplaires sur Switch, si l’on se fie aux propos de Manfred Linzner (directeur de Shin’en) recueillis par NintendoEverything. Certains chiffres sont honorables, mais ils n'indiquent pas un regain d'intérêt flagrant du public. Sur Kickstarter, le projet Antigraviator n’a pas atteint son objectif, en 2017. Le jeu renaîtra plus tard de ses cendres avec Iceberg Interactive en tant qu’éditeur. Il y a donc un réel risque commercial dans le développement d’un jeu de course futuriste, d’autant plus que la technique est importante, ce qui nécessite des coûts. Les ventes estimées à 1,5 million d'exemplaires de F-Zero GX sur GameCube peinent à cacher les déceptions commerciales intervenues depuis pour d’autres projets.

Nintendo ne souhaite pas développer un F-Zero qui n’aurait pas une réelle nouveauté liée à son game design. L’option de prêter la licence à un autre studio reste envisageable, comme ce qui a été fait avec GX, afin de faire revenir la série sans désavouer les précédentes déclarations. Shin’en, de par son expérience sur le genre et de par ses bonnes relations avec la firme de Kyoto, serait un candidat intéressant. En 2011, Criterion aurait été approché par les équipes de Nintendo afin de développer un nouveau F-Zero pour la Wii U. Malheureusement, l’équipe de développement, trop occupée à sortir Need for Speed : Most Wanted, se serait vue dans l’obligation de refuser. C’est en tout cas ce qu’a affirmé le site Nintendolife en 2015. Shigeru Miyamoto avait pourtant déclaré que la société souhaitait travailler sur ses propres licences plutôt que de les confier à d’autres studios. Cela n'a pas empêché la sortie d'un Metroid : Samus Returns chapeauté par MercurySteam en 2017.

Aujourd’hui, l’univers de F-Zero peut être aperçu dans d’autres jeux estampillés Nintendo, comme Nintendo Land, Smash Bros, ou encore Mario Kart, dont la dernière version lui emprunte même deux tracés. Si l’on se fie aux déclarations de la société, le retour de la série n’est pas pour tout de suite. Cependant, le succès de la Switch et les demandes insistantes pourraient donner quelques idées à la firme japonaise. Dans le petit monde du jeu vidéo et des licences Nintendo, il faut parfois se montrer particulièrement patient. Les fans de Kid Icarus ont dû attendre une bonne vingtaine d’années avant de mettre leurs mains sur un épisode inédit.

 

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